Drake et les faux streams : comment ne pouvait-il pas savoir ?

Le rappeur canadien Drake est visé par un recours collectif explosif aux États-Unis. Au cœur des accusations : l’utilisation d’un casino en ligne pour gonfler artificiellement ses écoutes.
Un nouveau procès déposé en Virginie vise Drake, la plateforme Stake.us et plusieurs co-défendeurs. Les plaignants affirment que le « social casino » opérerait illégalement dans des États où les jeux d’argent en ligne sont interdits, et que son système de « pourboires » aurait servi à acheminer des fonds vers des fermes de bots chargées de booster les écoutes du catalogue de l’artiste. Le dossier mentionne des violations du RICO (loi anti-racketteering) et du Virginia Consumer Protection Act, avec au moins 5 millions de dollars réclamés en dommages et intérêts. Drake est ciblé en tant qu’ambassadeur phare de Stake depuis 2022, un partenariat affiché dans des livestreams et des opérations promotionnelles.
Un procès qui interroge : Drake pouvait-il vraiment ignorer ?
Au-delà de la légalité de Stake.us – déjà contestée dans d’autres procédures – ce recours détaille un mécanisme clé : la fonction de « tipping » qui permet des transferts d’argent entre utilisateurs, hors du regard de régulateurs. Les plaignants affirment que ce canal a financé des campagnes de bots visant à « fabriquer » de la popularité sur les plateformes de streaming, à biaiser les algorithmes et à nuire aux concurrents.
S’il est avéré, le stratagème brouille la frontière entre influence commerciale et manipulation des classements, et place l’artiste au centre d’un dispositif qui aurait trompé des consommateurs attirés par ses contenus sponsorisés. Difficile, dès lors, de soutenir que Drake n’en savait rien. D’abord parce que son exposition personnelle est totale : sessions de jeu diffusées, soldes spectaculaires affichés, et communication massive auprès d’une audience de plusieurs dizaines de millions d’abonnés.
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Ensuite parce que le partenariat avec Stake est ancien, structuré et lucratif, ce qui suppose une connaissance fine des mécanismes de promotion utilisés – y compris des fonctionnalités aussi singulières qu’un « tipping » interne. Enfin, la plateforme et ses déclinaisons sont régulièrement contestées sur le sol américain : un ambassadeur de ce calibre ne peut ignorer la sensibilité réglementaire qui entoure ces activités. Autrement dit, si la justice confirme les faits, l’argument de la méconnaissance risque d’être bien fragile.