
Après avoir relancé son identité Dima il y a deux ans avec un nouvel EP « Sounds Of Life » et en attendant de publier d’autres maxis prochainement, Pascal Arbez-Nicolas, alias Vitalic, alias Dima, ressort le EP Fuckeristic sur son label Citizen Records. Cet EP emblématique, qui vient de fêter ses vingt ans, permet de donner un éclairage sur son parcours et voir l’évolution entre Dima et le projet Vitalic qui a suivi, au début des années 2000.
Pascal Arbez-Nicolas, alias Vitalic, alias Dima, raconte l’histoire du EP Fuckeristic : « A l’époque, je démarrais et j’avais peu de matériel. Cela coutait cher. Cet EP a été fait avec un synthé ATC-1 de Studio Electronics, une DrumStation de Novation et un synthé Yamaha VL1. Celui-là, je venais de l’avoir et je ne l’ai utilisé que sur cet EP. Il m’a servi pour faire des chœurs et des clochettes mais je trouvais ses sonorités trop digitales. J’avais donc un matériel minimal et tout était différent dans cette période où il n’y avait pas encore Internet. J’enregistrais même mes morceaux sur un DAT, que j’avais acheté d’occasion et je devais ensuite envoyer la cassette DAT au mastering par la Poste ! »
« Pour mon premier EP de Dima (Bonne Nouvelle) et pour le morceau « Untitled », sortis sur le label dijonnais Choice, je faisais une musique influencée par le son techno et bleep anglais. Pour Fuckeristic, j’avais envie de faire un son plus électro. Une techno soutenue mais avec de la mélodie et des rythmiques presque rock. Cet EP fait donc le lien entre Dima et Vitalic que je vais démarrer deux ans après. Mes deux identités ont des éléments sonores en commun : des vocaux, des mélodies, des clochettes, des rythmiques rock. Dans le break et à la fin du morceau « Poetry (Shit Again Mix) », j’utilise la synthèse vocale de mon ordinateur Apple, un ancêtre de Siri. Au départ, c’est un logiciel pour les personnes mal voyantes. Tu tapes ton texte et il est dit par l’ordinateur avec le choix entre trois ou quatre voix différentes. Le signal était de mauvaise qualité, un peu crade, mais le procédé a beaucoup été utilisé dans la techno. »
« En dehors de ma voix synthétisée par mon ordinateur, il y a celle de James, au début du morceau « Poetry (The Year 2000 Remix) ». James était mon colocataire quand j’habitais en Angleterre. Un soir, il
était ivre mort et je l’ai enregistré puis j’ai utilisé sa voix. A ce moment-là, j’ai habité pendant un an à Guildford, à 50 kilomètres de Londres. J’y ai fait un an d’études, en langues et en économie. Le EP
Fuckeristic a donc été enregistré entre Guildford et Dijon. J’habitais en Angleterre, mais je revenais souvent sur le continent, deux à trois par mois, car je faisais des lives les week-ends, dans quelques clubs et dans pas mal de raves. »
« A l’époque, le son dans les raves était dur avec beaucoup de hardcore et de hard techno. Je n’aimais pas trop le son de cette époque. Je m’en détachais car j’avais envie de mélodie dans ma techno. Pour autant le morceau « Poetry » a beaucoup été entendu en rave. Mais il était joué en accéléré. Les DJ le pitchaient. Ce morceau a été joué notamment par Laurent Garnier et aussi par DJ Hell. Ce qui m’a permis d’aller ensuite sur son label Gigolo. Un jour, DJ Hell a joué « Poetry » à la Love Parade à Berlin et le morceau avait cartonné. J’avais une copine qui faisait un stage à Gigolo. Elle lui a dit qu’elle me connaissait et il lui a répondu qu’il aimait bien mon son et que si j’avais des nouveaux morceaux, je pouvais lui envoyer. Ce que j’ai fait un an plus tard : c’était les morceaux qui allaient être sur Poney EP, mon premier maxi pour Gigolo, avec une nouvelle identité, Vitalic. »
« Après avoir sorti des morceaux sur Choice, un label de Dijon, avec le EP Fuckeristic, j’arrivais chez Step 2 House Records, une division de Happy Music, un label parisien. Step 2 House Records était un label qui avait une belle image. Ce label français était très suivi par les DJ. A l’époque, j’ai aussi signé deux remixes : un pour The Hacker, du morceau « Fadin’away », sur le label GoodLife, qui a cartonné, et un pour Elegia, « The Essence Of It », sur F Communications, qui n’a pas eu beaucoup d’écho. Mais ces deux remixes, comme le EP Fuckeristic, m’ont permis de faire la transition entre Dima et Vitalic. D’ailleurs, un soir au Rex Club, Elegia m’a dit : « Ce que tu fais, ce n’est pas de la techno, c’est du rock ! ». Alors ensuite, pour le Poney EP, j’ai intitulé un titre “La Rock” ! »