Avec Dom Perignon Crying, Josman s’inscrit dans la continuité

Josman sort Dom Perignon Crying, sans promo, sans interviews et sans mise en scène superflue. Le projet assume une continuité claire : prolonger sa formule, la rendre plus nette et plus tranchante, plutôt que changer de cap. Analyse.
Annoncé très sobrement un mois plus tôt, l’album arrive avec le clip de « L’Eau (Part. 2) ». Le rappeur reste fidèle à une discographie sans faux pas majeurs (Matrix, J.O.$, Split, M.A.N, J.OOO.$). Le cadre est posé : priorité à la musique, loin des plateaux, des clashs et des artifices. Par rapport à J.OOO.$ et sa « tristesse ensoleillée », la température baisse : la narration se place entre l’automne et l’hiver, avec un ton plus froid et plus lourd. L’enjeu n’est pas de « révolutionner » le personnage, mais de le préciser : un homme en décalage, habité par un vide qui devient colère.
Continuité assumée, colère accrue
Le disque reprend des thèmes connus et les renforce. L’argent est central mais vidé de sens : il n’apporte qu’un confort matériel « excessif et absurde ». Le morceau éponyme en donne l’image la plus parlante : des larmes de Dom Pérignon, comme si le champagne remplaçait l’eau, signe d’ennui et d’emprise plus que de fête. Le constat intime est frontal : « J’pourrais p’t’être m’acheter un smile, j’l’ai perdu d’puis longtemps » (AF la Première).
La conscience sociale et politique est tout aussi directe. Dans « L’Eau (Part. 2) », Josman interroge le pouvoir : « Manu Macron nous parle d’ingratitude, a-t-il oublié le sale passé colonial ? », avant de noter : « J’attends pas de merveille, j’sais que l’État fait la sourde oreille ». La colère monte sans détour : moins de compromis, moins de concessions, et une empathie revendiquée pour celles et ceux qui encaissent.
Vos avis à chaud sur le nouvel album de Josman ?
« DOM PERIGNON CRYING » pic.twitter.com/J81Z4KtAtV
— SHADES (@ShadesFrance) October 30, 2025
La vie sous les projecteurs est décrite avec ses contradictions. Elle a donné des frissons, mais elle lasse. Le rappeur sait qu’il critique une industrie dont il fait aussi partie. Il cherche des échappatoires et retombe dans ses travers : drogues, conquêtes, alcool. L’image récurrente est celle d’une fuite en avant pour ne pas s’effondrer. Cette dynamique se prolonge sur le terrain politique. « Tendu » affiche la ligne : « J’aime pas le gouvernement d’Darmanin ». Le morceau pousse plus loin la charge : « J’efface ma peine, j’baise le RN, j’baise le FN, fuck CNews, TPMP, TikTok, OnlyFans, BFM. », puis « Putain d’fiasco, putain d’fiasco, nique un facho… libérez nos frères au cachot ». Le discours vise le système, les élites déconnectées et la désinformation.
Côté production, l’ossature est cohérente. Les prods « aquatiques », majoritairement signées Eazy Dew et MYSTR, portent des basses rondes et des mélodies fluides. J.O.S varie les formats : trap, touches de funk brésilienne, passages piano-voix. Sa versatilité reste l’un de ses points forts. Sur « Tendu », il change de placement presque à chaque phase et aligne des rimes serrées, sans superficialité – cette aisance est contante sur l’album de treize titres. Le propos est clair, la forme suit, l’interprétation demeure limpide.
Le disque convoque aussi des figures de lutte. Sur « Tendu », il actualise un imaginaire hérité : « Martin Luther King, cette nuit, j’ai fait un putain d’rêve en noir, douze putain d’millions de fils de putain dans l’isoloir ».
Dans « FVCKED UP V », la référence à Thomas Sankara, figure de la résistance anti-coloniale et anti-corruption, structure le message : « J’pédale comme Sankara, j’les mets dans l’embarras », après l’extrait sur le cycliste contraint d’avancer pour ne pas tomber. Ces citations éclairent la ligne de l’album : transformer la tristesse en énergie et tenir un cap de résistance.
À lire aussi
La pochette synthétise enfin l’idée générale : un palais sombre, un lustre brisé. Le luxe est là, mais abîmé. L’image colle au récit d’un monde clinquant en surface et terni au cœur. Au final, Dom Perignon Crying ne cherche ni le « classique » autoproclamé ni le grand virage marketing. Il prend la continuité comme méthode : mêmes thèmes, mieux maîtrisés ; même écriture, plus droite ; même direction, plus précise. C’est un choix clair, et il est tenu de bout en bout.