DZ Mafia et rap français : comment les narcotrafiquants gangrènent l’industrie musicale

Des enquêtes récentes lèvent le voile sur la pression croissante exercée par la DZ Mafia sur des figures majeures du rap français. Entre menaces, tentatives d’extorsion et stratégies d’influence, Jul, SCH et Naza apparaissent parmi les artistes les plus exposés. Le symptôme d’un narco-système qui vise désormais la musique pour peser, blanchir et régner.
Le sujet n’est plus marginal : plusieurs enquêtes ont documenté des méthodes mêlant intimidation, “coups de pression” et racket visant des artistes et labels de musique, principalement dans l’univers du rap. L’onde de choc dépasse la sphère du rap et interroge l’écosystème entier – majors, managers, tourneurs – longtemps accusé d’omerta par des enquêteurs et journalistes. Dans ce climat, trois noms cristallisent l’inquiétude : Jul, SCH et Naza.
Jul, SCH, Naza : trois cas emblématiques d’un climat sous tension
Pour SCH, la bascule a pris un visage tragique : le 26 août 2024, à La Grande-Motte, une attaque au fusil d’assaut a visé son équipe et coûté la vie à Tahar Taibi, son commercial. L’enquête évoque l’ombre de la DZ Mafia et des menaces insistantes contre l’artiste et son manager, dans un contexte de refus supposé de payer un racket. Les ratés logistiques des auteurs – véhicule non brûlé, ADN et armes retrouvés – ont permis une série d’interpellations. L’enquête suit son cours, alors que le rappeur a récemment annoncé un Stade de France, une enceinte que d’aucuns considèrent comme de plus en plus facile à remplir.

Jul, artiste le plus écouté en France en 2025, incarne Marseille plus que tout autre rappeur : une réussite industrielle qui attire autant qu’elle expose. L’ouvrage-enquête “L’Empire” (sorti en 2015 – Paul Deutschmann, Simon Piel et Joan Tilouine) rappelle combien la star a dû se protéger, jusqu’à enregistrer dans la discrétion, pendant que la scène locale subissait pressions et intimidations. Sans l’accuser d’aucune collusion – il en est plutôt une cible de choix – son aura, ses ventes et son réseau d’affaires en font un aimant pour les organisations criminelles, au premier chef desquelles la DZ Mafia.
Dernier dossier en date : Naza. Le 20 avril 2025, une enquête a été ouverte pour “association de malfaiteurs” et “extorsion en bande organisée” après des menaces et une demande d’argent formulées par des individus se revendiquant de la DZ Mafia à l’encontre du rappeur et de son manager. Le signal judiciaire est clair : les tentatives d’extorsion ne sont plus des rumeurs, elles font l’objet de procédures.
🚨FLASH RAP | Naza et son manager auraient été menacés par des individus liés à la « DZ Mafia » 😳
Ils auraient exigé 300.000€, sous peine de “mettre le feu” à l’un de ses concerts. Une enquête pour extorsion est en cours ! pic.twitter.com/C3zZncsK0X
— La Preskription (@lapreskription) April 20, 2025
Pourquoi la DZ Mafia vise l’industrie musicale
L’objectif premier est financier. Le rap brasse des sommes importantes (showcases, streams, merchandising, cash des concerts, etc.). En s’attaquant aux têtes d’affiche, une organisation comme la DZ Mafia maximise la rente d’extorsion tout en se rapprochant de flux monétaires fragmentés – donc plus difficiles à tracer. Les autorités et journalistes décrivent une DZ Mafia devenue “prestataire de services criminels” : du deal au racket, avec une capacité à se projeter là où circule la valeur.
Deuxième levier : le blanchiment. La musique, ses événements et ses multiples intermédiaires (promoteurs, locations, sécurité privée, logistique, etc.) offrent des points d’entrée pour recycler des fonds illicites, mélangés à des revenus licites. Des travaux récents sur les recompositions du crime organisé à Marseille illustrent cette logique d’infiltration économique, stimulée par des réseaux sociaux qui dopent l’aura et le recrutement.
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Troisième enjeu : l’influence. Peser sur des artistes, des lieux de nuit et des circuits de booking, c’est gagner un pouvoir symbolique et territorial. Des reportages évoquent des “coups de pression” visant stars et influenceurs, signe d’une diversification assumée au-delà de la revente de stupéfiants. Dans ce schéma, l’industrie culturelle devient un théâtre où s’affichent puissance, terreur et conquête de marchés annexes.
Omerta, riposte et responsabilité : le secteur face au défi
Le livre-enquête “L’Empire” et des investigations de journalistes ont mis à nu une gêne persistante : majors silencieuses, artistes sous protection, témoins rétifs. Cette omerta relative tient autant à la peur qu’au risque d’abîmer l’image d’un secteur qui pèse lourd dans l’économie et l’export culturel. Reste que le tabou se fissure à mesure que s’enchaînent procédures, interpellations et révélations médiatiques.
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Côté institutions, la riposte se muscle mais doit encore gagner en coordination : enquêtes, coups de filet, suivi des flux financiers, sécurisation des dates sensibles. L’affaire SCH a montré que la menace peut frapper en marge d’un événement artistique ; celle de Naza que l’extorsion de la DZ Mafia s’installe dans la durée. À ce stade, le message à l’écosystème rap est double : parler, documenter, signaler – et outiller juridiquement la chaîne de valeur (contrats, compliance, traçabilité) pour assécher l’économie grise. Sinon, la “taxe” imposée par des groupes criminels comme la DZ Mafia risque de devenir un coût structurel de la scène rap en France.