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À Monaco, les suites d’un accident dans le tunnel Louis-II

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En mars dernier, la ville paisible de Monaco a été brisée par un drame à grande vitesse qui semblait presque taillé pour faire les gros titres. On fait le point.

Récemment divorcée, Kristina Rusavina, ressortissante anglo-russe, accompagnée de sa fille de 14 ans, a lancé une Ferrari 296 GTB d’une valeur de 300 000 € à travers le tunnel Louis-II à la vitesse stupéfiante de 190 km/h, non pas une fois, mais deux, frôlant d’autres véhicules avant l’accident inévitable.

L’adolescente a été transportée d’urgence à l’hôpital. Miraculeusement, aucun décès n’est à déplorer. Dans une principauté connue pour ses excès et ses scandales occasionnels, les suites ont d’abord semblé relever de la routine. À l’issue d’un procès, la conductrice, Mme Kristina Rusavina, détentrice de plusieurs passeports, notamment britannique, russe et chypriote, a été condamnée à huit mois de prison et à une interdiction de conduire de cinq ans.

Jusque-là, rien que de très monégasque. Mais sous la surface, un récit bien plus complexe et explosif commençait à émerger. Devant le tribunal, Mme Rusavina a fait une série de déclarations frappantes, largement passées inaperçues à l’époque, au sujet de ses origines. Elle a affirmé disposer de liens avec un puissant réseau de figures juridiques en Russie.

Plus spectaculaire encore, Mme Rusavina a profité de son passage devant le tribunal non seulement pour se défendre, mais aussi pour lancer un avertissement sans équivoque, menaçant de provoquer la « destruction » de son ex-mari, décrit comme un ancien dirigeant pétrolier russe.

Elle a invoqué un réseau de proches dans la région russe de Krasnodar, nommant des personnes qui occuperaient des postes influents au sein du système judiciaire du pays : Igor Babaev, présenté comme le chef d’un département régional du ministère de la Justice ; Olga Babaeva, juge de haut rang au sein d’une puissante cour de cassation commerciale ; Vladimir Rusavin ; et Konstantin Drozdov, qui supervise un tribunal de district clé dans une importante station balnéaire de la mer Noire.

En 2021, l’une de ces proches, juge à Krasnodar, aurait acquis une propriété située sur Monks Walk, à Sunningdale, pour un peu plus de 3 millions de livres sterling. Il est également entendu que la mère de Mme Rusavina possède un bien immobilier à Dubaï, ce qui souligne encore davantage la manière dont ce cercle d’influence s’étend du sud de la Russie à Londres, jusqu’aux Émirats arabes unis.

Une enquête menée par des médias indépendants a révélé qu’Olga Babaeva, Irina, la mère de Rusavina, et Valeria, la sœur de Kristina, disposent d’une résidence permanente aux Émirats arabes unis et passent habituellement plusieurs mois par an à Dubaï.

Nous comprenons que les salaires des juges dans les régions russes dépassent rarement 200 000 roubles par mois (environ 2 000 €). M. Drozdov possède une maison de 3 millions de livres sterling dans une banlieue londonienne prestigieuse, et Irina possède un bien immobilier à Palm Jebel Ali. Ce n’est pas non plus la première infraction routière commise par les Rusavin. Kristina et Valeria ont accumulé plus de 1 000 dollars d’amendes pour excès de vitesse rien qu’à Dubaï. Cela brosse un portrait sensiblement différent de cette habituée des boîtes de nuit les plus chères de Dubaï, par rapport à celui qu’elle présente à Monaco.

Ce qui avait commencé comme un acte de vitesse imprudent dans un tunnel monégasque débouche désormais sur une histoire bien plus vaste, mêlant richesse, influence et confrontation judiciaire à enjeux croissants, qui se déploie dans plusieurs juridictions. Pour certains, les Rusavin sont un bon exemple de la corruption ordinaire au sein de la justice russe, qui se sent intouchable partout dans le monde.